Service d’information, de documentation et de formation sur l’asile
 
A PROPOS D’ESPOIR D’ASILE DOSSIERS THÉMATIQUES Le parcours géographique du demandeur d'asile
ABC DU DROIT D'ASILE ASILE EN LIENS APPEL À TÉMOINS
ASILE EN LIVRES
Erythrée
 
Données générales
 
Superficie : 117 600 km²
 
Capitale : Asmara
 
Population : 5,3 millions
 
Espérance de vie : 61,6 ans
 
Taux d’alphabétisation : 67 %.

Composition ethnique (9 groupes ethniques reconnus officiellement) : Tigrinya 55% ; Tigre 30% ; Saho 4% ; Kunama 2% ; Rashaida 2% ; Bilen 2%, autres (Afar, Beni Amir, Nera) 5%

Religions : Musulmans sunnites 50% ; Chrétiens orthodoxes 30% ; Catholiques 13% ; Autres (Protestants, Adventistes du Septième Jour, Témoins de Jéhovah, Bouddhistes, Hindous, Bahaïs) 7%.
 
Langue officielle : tigrinya (majoritairement), arabe, anglais.

Langues courantes : tigrinya, arabe, anglais, tigre, kunama, afar, autres langues couchitiques
 
Economie : agriculture de subsistance (80 % de la population vit de l’agriculture et de l’élevage).
 
PIB : 3 Mds USD
 
PIB moyen par habitant : 500 USD (les deux tiers de la population sont tributaires de l’aide alimentaire internationale).
 
Dirigeant : Issayas Afeworki (Chef de l’Etat)
 
 
Pourquoi demandent-ils asile ?
 
L’Erythrée est dirigée d’une main de fer par Assayas Afewerki. Il a pris le pouvoir il y a un peu plus de vingt ans, au moment où le pays accédait à l'indépendance au terme d'une guerre de trente ans avec l'Ethiopie qui l'avait annexée après la seconde guerre mondiale. Depuis le XIXème, l'Erythrée était une colonie italienne tout comme l'Ethiopie.

La dictature présidentielle a été établie avec le soutien de l’armée et les forces de sécurité. Le parti d'Afewerki est le Front Populaire pour la Démocratie et la Justice. C’est un régime à parti unique. La restriction de la presse est presque totale. Son président ne tolère aucune contestation. Les partis d’opposition, les organisations internationales et les communautés religieuses non enregistrées sont interdites. Les opinions qui s’écartent de la ligne officielle ne sont pas tolérées. La protection des droits de l’homme pourtant fixée dans la Constitution et les textes de lois n’a jamais été imposée, ni respectée.

L'autre personnage important de ce pays est le Général Tekle Kiflai (alias "manjus") qui dirige les unités militaires stationnées à la frontière, et coordonne les activités des divers groupes rebelle éthiopiens, somaliens et soudanais que l'Erythrée soutient financièrement et militairement dans le cadre de sa politique régionale dans la Corne de l'Afrique.

La liberté de religion, pourtant inscrite dans la Constitution, n’est pas non plus respectée. A l’exception des quatre principales religions (l’Islam, l’Eglise catholique romaine, orthodoxe et évangélique luthérienne), tous les groupes religieux ont été dissous en 2002 et doivent effectuer une demande afin d’être officiellement enregistrés.
 
Le pays compte plusieurs milliers de prisonniers d’opinion au nombre desquels figurent des militants politiques, des journalistes et des pratiquants de religions non autorisées. Rares sont ceux qui parviennent à s’évader et quitter leur pays.
 
La politique érythréenne reste entièrement dominée par les relations avec l'Éthiopie, la crainte d’une nouvelle guerre avec celle-ci (1998-2000) et d’une nouvelle occupation (l’Erythrée était rattachée à l’Ethiopie avant son indépendance en 1993). L’Ethiopie est restée l’ennemie héréditaire de l’Erythrée. Son budget militaire est démesuré. Il est, en pourcentage du PIB, le plus élevé au monde après celui de la Corée du Nord. C’est la haine de l’Ethiopie, partagée par la population érythréenne, mais aussi la possibilité d’exploiter une main d’œuvre bon marché, qui pousse le gouvernement érythréen à embrigader ses jeunes, hommes et femmes, pour un service militaire à durée illimitée dans des conditions inhumaines avec de très rares permissions et une solde qui ne permet pas de répondre aux besoins de leur famille.
 
Tous les Erythréens, hommes et femmes de 18 à 40 ans, doivent ainsi accomplir le service national en faisant six mois d’entrainement, généralement au camp militaire de Sawa où ils sont politiquement endoctrinés et coupés de leur environnement social. Le service militaire s’accompagne souvent de travaux forcés dans les chantiers publics – construction de routes notamment – ou dans des entreprises dirigées par les élites du pouvoir, principalement des militaires. Les anciens conscrits âgés de 40 à 50 ans sont soumis à des devoirs de réserviste. Ceux qui se dérobent à l’appel sous les drapeaux ou désertent risquent la détention sans jugement, la torture, les traitements inhumains et dégradants et une forte amende. Les insoumis et déserteurs ainsi emprisonnés sont renvoyés dans l’armée après leur sortie de prison. S’ils ne sont pas retrouvés, leurs proches sont persécutés ; ils doivent souvent verser de fortes sommes d’argent pour éviter l’incarcération. Les lieux de détention sont surpeuplés, humides et insalubres. Un grand nombre de prisonniers sont enfermés dans des cellules souterraines ou bien dans des conteneurs métalliques, souvent installés en plein désert où il règne des températures extrêmes. Les détenus ne reçoivent pas une alimentation suffisante et l’eau à boire n’est pas potable.
 
Tout cela a été relevé comme parfaitement avéré par différents rapports d’organisations ou d’institutions internationales.[1]
 
C’est essentiellement ce service militaire et les conditions dans lesquelles il s’effectue qui poussent des dizaines de milliers de jeunes à fuir leur pays chaque année, quand ce ne sont pas des opposants politiques ou des pratiquants de religions non autorisées, parfois en soudoyant les militaires pour leur permettre de s'évader et de fuir le pays. Certains finissent par s’échouer sur les rivages de Malte ou de Lampedusa après une invraisemblable et périlleuse odyssée à travers l’Afrique (Soudan, Lybie, Tunisie) et la Méditerranée. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) estime qu’environ 3000 Erythréens fuient leur pays chaque mois. Certains sont parfois renvoyés de force en Erythrée par les pays limitrophes, le Soudan notamment au péril de leur liberté ou de leur vie.

L'exode de sa jeunesse est telle que même le régime d'Asmara s'en inquiète et s'alarme aujourd'hui de l'ampleur du phénomène.

Le 21 janvier 2013, des soldats, encadrés par des officiers principalement musulmans et appuyés par une poignée de chars, se sont mutinés réclamant l'application de la Constitution de 1997 prévoyant qu'un Parlement de 150 membres devaient élire le Président, ainsi que la libération des prisonniers politiques. Cette mutinerie, durement réprimée, a échoué.

Même si les recettes tirées de l'exploitation de mines d'or, arrivent encore à compenser la chute vertigineuse des sommes renvoyées au pays par les Erythréens émigrés, l'économie de l'Erythrée est exangue, ce d'autant qu'elle fait l'objet de sanctions de la communauté internationale (embargo sur les livraisons d'armes, interdiction de voyager pour les responsables politiques et militaires, gel de leurs biens à l'étranger) du fait de son action déstabilisatrice dans la Corne de l'Afrique et son soutien aux Chebab somaliens.

La demande d’asile en France est quasiment toujours axée sur la problématique du service militaire dans un pays où la conscription est obligatoire, la durée du service militaire illimitée, les appelés étant souvent soumis à des exactions et les insoumis et déserteurs incarcérés et torturés.
 
Afin d'éviter d'être renvoyés en Italie ou en Grèce (premier pays de l'UE où ils ont généralement pénétré via la Tunisie ou la Lybie), la majorité des Erythréens (comme souvent les Somaliens et les Soudanais) se mutilent très souvent le bout des doigts pour éviter l’identification de leurs empreintes par le fichier Eurodac (fichier de l'UE pour les réfugiés).  Ainsi, le pays où ils souhaitent déposer leur demande d'asile ne saura pas dans quel pays les renvoyer. Les préfectures les placent donc dans ce cas en procédure prioritaire considérant que leur demande est frauduleuse.
 
La plupart de ces ressortissants ne répondent pas aux conditions d’obtention de la qualité de réfugié, à l’exception de ceux qui refusent la condition militaire pour des raisons politiques ou religieuses avérées. En revanche, ils peuvent prétendre au bénéfice de la protection subsidiaire si les menaces graves de torture ou de traitements inhumains ou dégradants sont avérées.

Pour en savoir plus : Eritrea : Ending the exodus ? (International Crisis Group) (août 2014)

Situation de l'asile en 2015
 
Le nombre total de demande d'asile émanant de ressortissants Erythréens en 2015 (y compris demandes de réexamen et mineurs accompagnants) a été de 1545, soit un augmentation de 132,1 % par rapport à 2014. Le taux d’admission global (Ofpra + Cnda) s'est situé à 39,1 %.

Les profils des demandes n'ont guère évolué par rapport aux années précédentes.

Jurisprudence
 
Très peu de décisions rendues par la CNDA à propos de ressortissants érythréens ont été publiées. On relève cependant une décision du 4 mai 2011 (Mme Y., n° 10008829 C+, Rec. 2011) octroyant le bénéfice de la protection subsidiaire à une érythréenne qui avait déserté pour avoir subi des sévices sexuels au cours de son service militaire compte tenu des menaces graves de traitements inhumains ou dégradants qu’elle encourait en cas de retour dans son pays. On relève également une décision reconnaissant le statut de réfugié à un Erythréen détenu plusieurs mois pour avoir refusé de faire son service militaire et dont l’attitude avait été considéré par les autorités comme l’expression d’une opposition politique et qui, en cas de retour en Erythrée serait traité comme un criminel, incarcéré et soumis à la torture, voire assassiné (CNDA, 23 déc. 2011, M.A. n° 11018030 C+, Rec. 2011) ou encore une décision octroyant la qualité de réfugiée à une ressortissante érythréenne d’origine éthiopienne évadée du camp de Sawa, marié avec un Erythréen, déserteur et perçu comme un opposant politique par les autorités érythréennes (CNDA, 28 février 2012, M. et Mme M. n°11015298 et 11016378 C+).  La décision la plus notable est surtout celle qui a été rendue le 21 février 2012  par la CNDA (sections réunies) (n° 11032252, Rec. 2012) à propos d’un érythréenne dont la demande d’asile avait été rejetée par l’OFPRA sans instruction préalable au motif qu’elle avait rendu volontairement impossible l’identification de ses empreintes digitales, ne permettant pas à l’Office de se prononcer sur le bien-fondé de sa demande. Considérant que l’intéressée avait été privée de la garantie essentielle d’un examen particulier des éléments présentés à l’appui de sa demande, la CNDA a annulé la décision de rejet et renvoyé la demande à l’examen de l’OFPRA. De nombreuses autres décisions ont été rendues dans le même sens.
 
Cette décision fait suite à plusieurs ordonnances du juge des référés du Conseil d’Etat :

- celle du 28 décembre 2011 (n° 355012 à 355022) qui a estimé que seule la CNDA, et non le juge administratif, était la juridiction compétente pour connaître de ces refus d'examen au fond des demandes d'asile ;
 
- et celle 11 janvier 2012 (Cimade et autres, n° 354907) qui avait suspendu une note du 3 novembre 2011 du directeur de l’OFPRA donnant instruction à ses services de rejeter les demandes d'asile, sans entretien ni examen au fond, après constatation d'empreintes altérées constatées par les préfectures et placement en procédure prioritaire.

Aucune décision n'a été publiée par la CNDA dans ses récueils 2013, 2014 et 2015.


[1] Amnesty International Annual Report 2011 publié le 13 mai 2011, Human Rights Watch (HRW) Service for Life - State Repression and Indefinite Conscription in Eritrea report, publié le 16 avril 2009 - United States State Department 2010 Human Rights Report: Eritrea, publié le 8 April 2011.

Témoignage
 
Je m’appelle Saïd M.. Je suis né en 1990 à Keren en Erythrée. Je suis de la tribu Saho et de religion musulmane. J’ai du quitter l’école à 16 ans pour aider mon père agriculteur qui était malade.
En mai 2008, alors que mon père était hospitalisé, je suis allé au marché à Keren. Des militaires m’ont immédiatement arrêté et m’ont conduit au camp d’entraînement militaire de Sawa pour faire mon service militaire pour une durée de 6 mois. Au mois de novembre suivant, ils m’ont affecté dans la région d’Hafihimbol près d’Eren pour travailler dans des projets agricoles où les conditions de travail étaient très dures. En décembre 2009, apprenant que mon père était mort, j’ai demandé une permission pour aller à ses funérailles. Elle m’a a été refusée malgré mon insistance. On m’a menacé de me punir si je continuais à insister, alors j’ai fini par m’enfuir. Je suis rentré chez moi à Keren et, deux mois plus tard, les militaires m’ont arrêté et m’ont conduit dans la prison d’Eren. Pendant mon incarcération, ils m’ont persécuté tous les jours. Ils me déshabillaient et me laissait au soleil pendant de longues heures à des températures très élevées. Au bout de deux mois, ils m’ont renvoyé dans mon régiment à Sawa. Je me suis enfui à nouveau. Je suis arrivé au Soudan après trois nuits de marche. Au Soudan, je me cachais parce-que des compatriotes m’avaient dit que je pouvais être expulsé vers l’Erythrée. J’ai donc rejoint la Lybie où j’ai vécu quelques mois, puis j’ai pris le bateau pour l’Italie. De là, j’ai rejoint la France où j'ai dépose ma demande d'asile. Je ne peux plus retourner en Erythrée car je suis déserteur ce qui signifie que je serai emprisonné, torturé, voire même exécuté. 

Mise à jour le 01/09/2016
 
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