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Pourquoi les Erythréens demandent-ils asile ?

Une dictature sanglante


L’Erythrée, pays d’un peu plus de 5 millions d’habitants, est dirigée d’une main de fer par Assayas Afewerki. La dictature présidentielle, parmi celles les plus sanglantes d’Afrique, a été établie avec le soutien de l’armée et des forces de sécurité. Son parti est le Front Populaire pour la Démocratie et le Justice. C’est un régime à parti unique. La restriction de la presse y est presque totale. Les parties d’opposition, les organisations internationales et les communautés religieuses non enregistrées sont interdites. Les opinions qui s’écartent de la ligne officielle ne sont pas tolérées. La protection des droits de l’homme pourtant fixée dans la Constitution et les textes de lois n’a jamais été imposée, ni respectée. La liberté de religion, pourtant inscrite dans la Constitution, n’est pas respectée. A l’exception des quatre principales religions (l’Islam, l’Eglise catholique romaine, l’Eglise orthodoxe et l’Eglise évangélique luthérienne), tous les groupes religieux ont été dissous en 2002 et doivent effectuer une demande afin d’être officiellement enregistrés.
 
Le pays compte plusieurs milliers de prisonniers d’opinion, au nombre desquels figurent des militants politiques, des artistes, des journalistes et des pratiquants de religions non autorisées qui sont incarcérés, sous-alimentés et torturés.
 
La dictature érythréenne est une dictature « inconnue » dont on parle peu parce-que ce pays ne présente aucun enjeu stratégique pour les occidentaux et n’a pas de pétrole ou de têtes nucléaires. Elle fournit pourtant armes et entraînement aux milices Al Shebab qui sévissent en Somalie et déstabilisent la Corne de l’Afrique. Le Conseil de sécurité des Nations unies a cependant décréter un embargo sur les armes à destination et en provenance de l’Erythrée.
 
Un vaste camp de travail forcé et de concentration

L’Erythrée est surtout un vaste camp de travail forcé où la population est réduite à l’esclavage.
 
La politique érythréenne reste entièrement dominée par les relations avec l'Éthiopie, la crainte d’une nouvelle guerre (la guerre a sévi entre les deux pays entre 1998 et 2000) et d’une nouvelle occupation (l’Erythrée était rattachée à l’Ethiopie avant son indépendance en 1993). 
 
L’Ethiopie est restée l’ennemi héréditaire de l’Erythrée. Le budget militaire de l’Erythrée est démesuré. Il est, en pourcentage du PIB, le plus élevé au monde après celui de la Corée du Nord. Elle possède la deuxième armée la plus puissante du continent africain.

C’est la haine de l’Ethiopie partagée par la population érythréenne, mais aussi la possibilité d’exploiter une main d’œuvre bon marché, qui pousse le gouvernement érythréen à embrigader ses jeunes, hommes et femmes, pour un service militaire à durée illimitée dans des conditions inhumaines, de très rares permissions et une maigre solde qui ne permet pas de répondre aux besoins de leurs familles.

Tous les Erythréens, hommes et femmes de 17 à plus de 40 ans, voire même jusqu’à 50 ans, doivent ainsi accomplir le service national en faisant dix-huit mois de camp disciplinaire, généralement au camp militaire de Sawa où ils sont politiquement endoctrinés et coupés de leur environnement social. Sans compter les viols des jeunes femmes, la brutalité des supérieurs, le tabassage régulier, le cachot et la torture comme sanctions. Le service militaire s’accompagne presque toujours de travaux forcés dans les chantiers publics – construction de routes notamment – ou dans des entreprises dirigées par les élites du pouvoir, notamment des militaires. Ceux qui se dérobent à l’appel sous les drapeaux ou désertent risquent la détention sans jugement, la torture, les traitements inhumains et dégradants et une forte amende.
 
Les insoumis et déserteurs ainsi emprisonnés sont renvoyés dans l’armée après leur sortie de prison. S’ils ne sont pas retrouvés, leurs proches sont persécutés ; ils doivent souvent verser de fortes sommes d’argent sous peine d’être incarcérés. Dans ce pays, c’est l’armée qui décide de tout : du métier que les citoyens doivent exercer, de l’emploi du  temps…et des sévices qu’ils doivent subir. Les lieux de détention sont surpeuplés, humides et insalubres. Un grand nombre de prisonniers sont enfermés dans des cellules souterraines ou des conteneurs métalliques, souvent installés en plein désert où règnent des températures extrêmes et dans des conditions d’hygiène épouvantables. Les détenus ne reçoivent pas une alimentation suffisante et l’eau à boire n’est pas potable.
 
Vivre en Erythrée est donc devenu un calvaire pour les Erythréens et tous veulent fuir leur pays. En décembre 2012, les joueurs de l’équipe nationale de football ont ainsi profité d’un déplacement en Ouganda pour demander l’asile politique. Une tentative de mutinerie a, en outre, été déjouée en janvier 2013.
 
Tout cela a été relevé comme parfaitement avéré par différents rapports d’organisations ou d’institutions internationales.[1]
 
C’est essentiellement le service militaire, dont la durée est toujours prolongée, qui pousse des milliers de jeunes à fuir leur pays, quand, en plus, ce ne sont pas des opposants politiques ou des pratiquants de religions non autorisées. Certains finissent par s’échouer sur les rivages de Malte ou de Lampedusa après une invraisemblable et périlleuse odyssée à travers l’Afrique (Soudan, Lybie, Tunisie) et la Méditerranée. Le Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) estime qu’environ 3000 Erythréens fuient leur pays chaque mois. Certains sont parfois renvoyés de force en Erythrée par les pays limitrophes, notamment le Soudan.
 
La demande d’asile en France

La demande d’asile en France est donc quasiment toujours axée sur la problématique du service militaire dans un pays où la conscription est obligatoire, la durée du service militaire illimitée, les appelés souvent soumis à des exactions et les insoumis et déserteurs toujours incarcérés et torturés.

Afin d'éviter d'être renvoyés en Italie ou en Grèce (premier pays de l'UE où ils ont généralement pénétré via la Tunisie ou la Lybie), les demandeurs Erythréens se mutilent souvent le bout de doigts afin que leurs empreintes ne soient plus identifiables et enregistrées dans le fichier Eurodac.  Ainsi, le pays où ils souhaitent déposer leur demande d'asile ne saura pas dans quel pays les renvoyer. Les préfectures les placent dans ce cas en procédure prioritaire considérant que leur demande est frauduleuse.

Le nombre total de demandes Ofpra (y compris les demandes de réexamen et mineurs accompagnants) provenant de ressortissants érythréens est toujours en nette augmentation (plus de 28 % en 2011). Elles concernent essentiellement  de jeunes conscrits. Sur le nombre total de  demandes Ofpra (y compris demandes de réexamen et mineurs accompagnants), le taux d’admission à été environ de 47 % en 2011 (admissions Ofpra + Cnda) contre une moyenne nationale de 25,3 %. Les érythréens ont représenté 10 % des demandes en procédure prioritaire. Ils représentent 5,1 % de la population de demandeurs admise en France en 2011 (5ème rang).

Pour en savoir plus, voir Les Erythréens par Pierre Lepidi, Ed. Rivages (2012).
 
 

[1] Amnesty International Annual Report 2011 publié le 13 mai 2011, Human Rights Watch (HRW) Service for Life - State Repression and Indefinite Conscription in Eritrea report, publié en le 16 avril 2009 - United States State Department 2010 Human Rights Report: Eritrea, publié le 8 April 2011.
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