Service d’information, de documentation et de formation sur l’asile
 
A PROPOS D’ESPOIR D’ASILE DOSSIERS THÉMATIQUES Le parcours géographique du demandeur d'asile
ABC DU DROIT D'ASILE ASILE EN LIENS APPEL À TÉMOINS
ASILE EN LIVRES
Hashem Shaabani a été arrêté il y a deux ans. Il a été condamné à mort avec d'autres arabes iraniens suite à un procès qualifié de simulacre par des défenseurs des Droits de l'Homme. L'exécution, qui s'est déroulée en janvier, ne manque pas de mettre en lumière les persécutions dont sont victimes les minorités en Iran; mais également, les mythes entourant l'ouverture politique du régime.


Hashem Shaabani avait 32 ans. Il appartenait à la communauté arabophone d'Iran. Étudiant à l'université Ahwaz, il avait contribué au lancement d'une revue de poésie arabe. Il était également membre d'un institut culturel pour la promotion de la littérature et de l'art arabes. Son arrestation remonte à 2008, suite à sa participation à des protestations contre des arrestations arbitraires.


Il a été accusé par les autorités iraniennes du crime de "moharabeh", qui veut dire "guerre contre Dieu". Selon ces dernières, Hashem Shaabani aurait également eu des liens avec des groupes séparatistes terroristes. En février 2012, il était apparu à la télévision, pour confesser les actes dont il était accusé. Mais cette accusation, commente Firouzeh Nahavandi, "est souvent utilisée comme un voile pour cacher les accusations politiques, dans un régime théocratique comme l'Iran". Sa confession publique elle même soulève le doute: n'a-t-il pas été forcé d'avouer des actes qu'il n'a pas commis?


Hashem Shaabani était en fait connu pour son militantisme en faveur des Droits de l'Homme. Il tenait un blog où il défendait la liberté d'expression. Cité par The Guardian, Drewery Dyke, expert de l'Iran pour Amnesty international, explique que l'exécution de Shaabani "ne peut être isolée de son rôle de professeur et de poète, une figure qui a contribué, dans des circonstances difficiles, à renforcer une minorité culturelle".


Une région riche en pétrole


Entre 10 et 15 % de la population iranienne est de confession sunnite. La majorité est arabophone. "Ils sont considérés comme suspects d'alliance avec les pays voisins", ajoute Firouzeh Nhavandi. "Ils représentent une menace pour l'intégrité territoriale". Avant de préciser que les mouvements indépendantistes sont majoritairement ancrés au sein des populations baloutches, et pas arabophones.


"La population arabophone d'Iran n'est pas très nombreuse, mais elle subit plusieurs discriminations quant à ses croyances", explique Firouzeh Nahavandi. Sunnite, elle n'est pas officiellement rejetée, dans la conception de l’État théologique chiite, car elle fait partie du monde islamique, tout comme les Baloutches ou les Kurdes.


Mais Firouzeh Nahavandi souligne un détail qui pourrait avoir son intérêt dans l'accusation dont Hashem Shaabani a été victime. "Il est originaire de la province du Khuzestan, une région majoritairement arabophone, sunnite, et très riche en pétrole. Et il y a une sensibilité particulière face aux suspicions d'indépendantisme dans des régions comme celles-ci".


Symbole de l'absence de changement politique?


Hashem Shaabani a été pendu comme beaucoup d'autres en Iran. 300 personnes ont été exécutées depuis l'arrivée à la présidence de Hassan Rohani. Si, aux yeux des pays occidentaux, le régime iranien semble s'ouvrir quelque peu, cela s'apparente plus à du "wishfull thinking", estime Firouzeh Nahavandi. "Tout le monde a envie d'y croire; la population iranienne, en quête de changement, et les Occidentaux, charmés par un discours d'un autre style. Il y a certainement des espoirs de changements économiques, avec les négociations en cours. Mais il y a peu de changements possibles dans le domaine politique, au vu de la nature même du régime iranien".


"Il ne faut pas oublier que c'est l'Ayatollah Khamenei qui tire les ficelles", rappelle-t-elle enfin. Guide Suprême de Révolution islamique, il reste le garant de la théocratie, et l'incarnation du refus de changement. Ses récations tendent souvent à tempérer les actons du président iranie,


L'exécution de Hashem Shaabani pourrait sans doute s'expliquer dans ce cadre. Le changement dans le domaine des Droits de l'Homme, ce n'est pas maintenant, en Iran.


W. Fayoumi (RTBF)

Commenter cet article
sur le forum
ASILE FORUM
flux rss
Abonnez-vous au flux RSS et suivez l'actualité d'Espoir d'asile
ASILE EN 10 QUESTIONS
AUTO-FORMATION