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A PROPOS D’ESPOIR D’ASILE DOSSIERS THÉMATIQUES Le parcours géographique du demandeur d'asile
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Lettre de Dominique Versini à Rachida Dati

Madame la Maire, 

J’ai écouté avec beaucoup d’attention votre intervention de ce matin sur France Info et je souhaite réagir sur les propos choquants que vous avez tenus sur les demandeurs d’asile et les réfugiés arrivés en nombre important à Paris à partir de la mi 2015 ainsi que dans d’autres villes françaises et européennes. En plus d’être inexacts ou mensongers, ces propos me paraissent dangereux pour notre démocratie dans les liens que vous faites sans fondement entre réfugiés, délinquance et terrorisme lorsque vous vous servez de l’attentat de Hanau en Allemagne survenu mercredi pour faire campagne. 
 

Vous n’êtes pas sans savoir que les guerres et les crises aux quatre coins du monde contraignent de nombreuses personnes à prendre les chemins de l’exil, et Paris, en tant que grande capitale européenne, se situe sur le parcours de nombre d’entre eux. Depuis 2015, de nombreuses personnes fuyant leur pays ont ainsi enregistré leur demande d’asile à Paris et relèvent de par les conventions internationales signées par la France et les lois qui en ont découlé de la compétence de l’État. 
 

Face à l’insuffisance du dispositif national d’asile placé sous la responsabilité du ministère de l’intérieur et censé prendre en charge ces personnes,les structures ont rapidement été dépassées ce qui a conduit à la constitution de campements géants dans différents arrondissements de Paris (13ème, 18ème, 19ème et 10ème) et une crise humanitaire inédite et dramatique.

 

Je souhaite démentir avec force vos propos selon lesquels vous affirmez que la Maire de Paris aurait lancé un appel encourageant tous les migrants du monde à venir à Paris. La réalité est tout autre et je peux en témoigner ayant été en première ligne à ses côtés durant toute cette mandature. 
 

L’appel que vous évoquez, c’est celui qu’Anne Hidalgo et la communauté de Paris ont lancé le 10 septembre 2015 pour faire face à la situation de crise humanitaire constatée sur le territoire de Paris. Vous perpétuez l’idée de l’appel d’air qui n’est rien d’autre qu’un épouvantail agité par certains responsables politiques pour justifier leur sectarisme ou leur manque d’efficacité.  Anne Hidalgo n’a pas appelé les migrants du monde à venir à Paris, mais les pouvoirs publics, associatifs et citoyens à se mobiliser pour les accueillir dignement, humainement. En tant que Maire, elle a pris ses responsabilités pour pallier l’absence de réponse suffisante de l’État et faire face à la réalité. 
 

Cette réalité, c’est que des personnes ayant subi des tortures et des exactions de toutes sortes viennent et viendront toujours vers nos pays européens pour échapper à leur sort et construire un avenir meilleur. Face à l’afflux inédit de demandeurs d’asile en 2015, nous n’avons eu de cesse que d’appeler l’État à assumer ses responsabilités et à ouvrir des centres d’accueil et d’hébergement permettant d’accueillir dignement et d’examiner leur situation. Je vous rappelle au passage que la loi française prévoit un accueil inconditionnel pour toutes les personnes hébergées quelle que soit leur situation administrative (article L. 345-2-2 du code de l’action sociale et des familles). 
 

Par ailleurs, nous avons accompagné les nombreuses initiatives de la communauté de Paris qui s’est fortement mobilisée : toutes les grandes et petites associations du champ social et humanitaire se sont pleinement engagées dans l’accueil et l’hébergement de ces personnes conformément à leurs valeurs et nous les avons soutenues par la mise à disposition de bâtiments municipaux momentanément disponibles ; les paroisses parisiennes ont de leur côté ouvert de nombreux locaux et accueillis de nombreux demandeurs d’asile et réfugiés conformément à l’appel du pape François ; des collectifs citoyens se sont créés et de nombreux Parisien.ne.s ont ainsi spontanément accueillis ces nouveaux arrivants y compris chez eux. 
 

Face à cette crise de l’accueil des demandeurs d’asile et réfugiés que l’État n’arrivait manifestement pas à gérer, la Maire de Paris a fait le choix d’apporter des réponses très concrètes à l’urgence qui s’imposait à notre Ville conformément aux valeurs d’humanisme que nous assumons et qui sont celles de Paris qui a toujours accueilli tout au long de son histoire de nombreuses vagues de réfugiés.
 

Vous évoquez les habitants des quartiers du nord-est de Paris qui en effet ont été très éprouvés par cette situation de crise permanente. Cette crise n’est pas née de la volonté d’Anne Hidalgo d’accueillir les migrants mais bien de l’absence de volonté de l’État d’assumer les responsabilités que la loi lui impose : accueillir les demandeurs d’asile, et héberger les personnes en situation de rue, quel que soit leur statut administratif. 
 

Avec Anne Hidalgo, nous avons convaincu l’État et créé deux centres humanitaires. Quand le centre de premier accueil de la porte de la Chapelle, que nous avons ouvert en novembre 2016 et qui avait permis d’accueillir, héberger et orienter 25 000 personnes, a dû fermer, l’État n’a pas souhaité poursuivre le dispositif et les campements alentour se sont immédiatement reconstitués. C’est le prix de l’absence de réponse nationale à cette crise humanitaire que les habitants de ces quartiers ont payé. La Maire de Paris s’est rendue toutes les semaines sur le terrain pour être au plus près des habitants et soutenir les associationsqui, comme l’Armée du Salut, distribuaient des repas aux réfugiés et les accueillaient dans une halte humanitaire organisée dans des locaux mis à disposition gracieusement par un chef d’entreprise touché par ces situations dramatiques. 
 

Vous mentionnez la rue du Moulin Joly, dans le 11e arrondissement, qui accueille non pas un centre d’évaluation des demandes d’asile mais le Dispositif d’évaluation de la minorité et de l’isolement, géré par la Croix Rouge, qui remplit la mission des départements d’évaluation de la minorité des jeunes migrants se présentant comme mineurs. Cette confusion révèle à double titre votre méconnaissance des dossiers : la Ville n’a pas le pouvoir d’examiner les demandes d’asile, compétence exclusive de l’État, et le site que vous pointez du doigt est un dispositif de protection de l’enfance et non de gestion des flux migratoires. 
 

Vous évoquez aussi le quartier de la Goutte d’Or, qui a subi il est vrai une délinquance accrue par la présence de jeunes mineurs en errance venus du Maghreb depuis fin 2017. Il s’agit encore une fois d’un phénomène international que l’on retrouve dans de nombreuses grandes villes en Europe et dont Paris doit gérer les conséquences. Pour venir en aide à ces jeunes très désocialisés et refusant souvent toute mesure de protection, la Ville a construit, avec des associations spécialisées, une réponse d’accompagnement social fidèle à son approche humaniste et la finance entièrement. L’État, lui, n’a pas rempli sa mission de maintien de l’ordre et la Préfecture de Police n’a jamais pris la mesure de la situation en laissant se poursuivre à Paris la diminution des effectifs de la police nationale, comme le précise le rapport de la Cour des comptes de 2019 (- 38% de policiers nationaux présents à l’instant T sur le terrain parisien de 2014 à 2018). Il a fallu plusieurs courriers d’Anne Hidalgo pour obtenir du Premier ministre une réunion de travail à Matignon. 
 

Vous déclarez, enfin, que ce n’est pas de bienveillance dont les Parisien.ne.s ont besoin. Notre expérience durant ces six dernières années nous prouve le contraire et nous sommes fiers de porter cette valeur en étendard. 
 

Nous n’avons visiblement pas la même vision, Mme Dati, sur tous ces sujets. Vous développez des propos qui montrent votre méconnaissance des sujets et visent à attiser les peurs et la haine et à diviser les Parisien.ne.s. Vous utilisez le drame de Hanau et la question des flux migratoires à des fins politiciennes électoralistes, alors que le sujet mérite que l’on s’élève et qu’on le traite de façon pragmatique, digne et humaniste. C’est ce que nous ont demandé les Parisien.ne.s quelles que soient leurs origines, leur histoire, leurs convictions, …C’est pourquoi nous avons agi depuis 2015 avec toute la force de nos valeurs et l’histoire de notre Ville comme le font tant d’autres Maires de Villes européennes et du monde qui soutiennent Anne Hidalgo dans ce même combat pour l’humanité. 
 

Dominique Versini, Adjointe à la Mairie de Paris

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