Service d’information, de documentation et de formation sur l’asile
 
A PROPOS D’ESPOIR D’ASILE DOSSIERS THÉMATIQUES Le parcours géographique du demandeur d'asile
ABC DU DROIT D'ASILE ASILE EN LIENS APPEL À TÉMOINS
ASILE EN LIVRES

Données générales


Nom officiel : République fédérale du Nigéria

Nature du régime : république fédérale

Chef de l’Etat : Muhamadu Buhari

Données géographiques

Superficie : 923.773 km²

Capitale : Abuja

Villes principales : Lagos, Ibadan, Benin City, Kano, Port Harcourt

Langue (s) officielle (s) : anglais

Langue (s) courante (s) : haoussa, yorouba, igbo

Données démographiques

- Population : 166 millions d’habitants (PNUD 2012)

- Espérance de vie : 52 ans (PNUD 2013)

- Taux d’alphabétisation : 61,3% (PNUD 2012)

Religion (s) : islam, christianisme, religions traditionnelles

Données économiques

- PIB : 292 MdsUSD$ (FMI 2013)

- PIB par habitant : 1 725 USD (FMI 2013)

- Secteurs d'activité : 
  • Services (incluant notamment les services financiers et assurances, le logement, le commerce) : 52%,
  • Industrie : 25,7%, Agriculture : 22%,
  • Télécommunications : 8,69%,
  • lndustrie de transformation : 83%,
  • Industrie cinématographique et musicale : 1,42%


Pourquoi demandent-ils asile ?
 
Plusieurs raisons conduisent certains ressortissants nigérians à demander asile en France : les affrontements interconfessionnels centrés sur l’organisation Boko Haram et les problématiques sociétales, à savoir les réseaux de prostitution, l’orientation sexuelle et la MGF.
 
La persécution des Chrétiens

Au Nigéria, le principal facteur de persécution est l’extrémisme islamique. On associe généralement la persécution des chrétiens au Nord du pays au groupe terroriste islamiste Boko Haram, dont les attentats ont tué et blessé de nombreux chrétiens (ainsi que des musulmans). La persécution la plus forte se situe dans les 12 Etats du Nord qui appliquent la charia, mais elle s’étend aussi aux Etats voisins et a des conséquences tragiques pour les chrétiens, dans leur vie familiale et communautaire. Les chrétiens n’ont pas le droit d’enterrer leurs morts dans les cimetières publics. Dans les écoles publiques, surtout primaires et secondaires, les élèves chrétiens doivent obligatoirement étudier l’islam. Les jeunes chrétiens n’ont pas le droit d’intégrer certains établissements d’études secondaires ou supérieures, surtout parmi les plus renommés. Dans le système scolaire, les chrétiens sont souvent considérés et traités comme des citoyens de second rang. Les jeunes filles chrétiennes courent le grand risque d’être enlevées et mariées de force. A Kano, par exemple, on a trouvé une maison dans laquelle plus de 40 jeunes filles chrétiennes ont été séquestrées, converties de force à l’islam, puis mariées à des musulmans. En juin 2014, Boko Haram a enlevé 220 lycéennes pour les traiter en exclaves et les échanger contre des prisonniers. Les femmes sont devenues ainsi les nouvelles armes de guerre de la secte islamiste Boko Haram et le gouvernement nigérian reste impuissant face à cette situation.

L'enrôlement dans des réseaux de prostitution
 
Les victimes des réseaux de prostitution sont pour la grande majorité contactées par des recruteurs aussi appelés « trolleys » membres de mafias internationales, engagés par des “mamans” ou « mamas », on les nomme aussi les « Mania Loa », qui signifie « prêtresse, maman ».
Ces mamas sont en fait d'anciennes prostituées qui ont fini de payer leur dette et qui travaillent à leur propre compte.
Les filles sont recrutées sur leur lieu de travail, sur les marchés, et même chez elle : les recruteurs font parfois partie du cercle de connaissances de la famille. Ils leur promettent un job de coiffeuse, couturière... En Europe, un travail qui permettra a la fille de rembourser sa dette rapidement.  Si les filles veulent partir elles doivent passer un contrat qui est scellé par un rituel faisant office de serment : le « juju », rituel de magie noire courant en Afrique de l'Ouest. Le serment est prêté avant le départ.
La jeune fille doit prêter serment de payer sa dette et de ne révéler aucune identité ou information concernant le réseau : c'est là l'intérêt du rituel « juju » : la croyance veut que si les victimes ne respectent pas le contrat passé, le prêtre peut se servir des prélèvements pour faire abattre la maladie, la folie, voire la mort sur la victime ou sur sa famille. Si les filles refusent de coopérer en découvrant ce qui les attend, on leur rappelle le serment prêté et on menace leur famille restée au pays. Si elles restent réticentes, elles sont battues, affamées, leur dette s'alourdit...

Homosexualité
 
Le président nigérian Goodluck Jonathan a promulgué en janvier 2014 une loi interdisant explicitement les unions entre personnes de même sexe et restreignant les droits des homosexuels. La loi, adoptée à l'unanimité par les parlementaires nigérians en mai dernier, prévoit une peine de 14 ans de prison en cas de mariage homosexuel et 10 ans d'emprisonnement pour les personnes de même sexe affichant publiquement leur relation.
 
Pratique de l’excision

La mutilation génitale féminine (MGF) serait moins fréquente au Nigéria depuis quelques années, mais elle est encore pratiquée régulièrement partout dans le pays. C'est dans la ceinture centrale et dans les États du Sud du Nigéria que la MGF est la plus courante. L'âge auquel les femmes subissent la MGF varie d'une région à l'autre au Nigéria. Par exemple, chez les Idjos et les Etsakos du Sud du Nigéria, la MGF est un rite préconjugal, chez les Urhobos, dans l'État du Delta, les femmes se font exciser pendant la grossesse et chez les Igbos du Sud-Est, les femmes subiraient la MGF pendant ou après l'adolescence. Toutefois, dans la majorité des régions du Nigéria, les filles subissent la MGF à leur naissance.

Situation de l'asile en 2015

En augmentation de 28,4 %, la demande nigériane n'a guère augmenté dans ses profils depuis l'année 2014. Les demandes reposant sur la dégradation de la situation sécuritaire dans le nord du pays, et en particulier dans l'Etat de Borno du fait de la présence du groupe islamiste Boko Haram persécutant les chrétiens demeurents largement majoritaires. Les demandes fondées sur des motifs politiques n'ont pas augmenté malgré la tenue des élections en mars 2015.

La progression des demandes basées sur des vulnérabilités spécifiques (orientation sexuelle, violences conjugales, mariages forcés) s'est poursuivie. Le nombre de demandes liées aux MGF a augmenté en dépit de la promulation d'une loi interdisant cette pratique sur l'ensemble du territoire nigérian.

En 2015, le taux global d'admission (Ofpra + CNDA) a été de 10,9 % (demandes de réexamens et mineurs accompagnants compris).a été de 13,8 %.


Jurisprudence

 
Dans une décision du 25 juillet 2013 (CE, section, 25 juillet 2013, n°350661), le Conseil d’Etat a estimé que les jeunes femmes nigérianes qui ont été contraintes de pratiquer la prostitution en Europe dans le cadre d’un réseau transnational de traite d’êtres humains et qui ont réussi à s’extraire de ce réseau et à cesser cette activité forcée, ne doivent pas  être regardées comme constituant au Nigéria un certain groupe social. Elle a annulé la décision de la CNDA au motif que celle-ci n’avait pas recherché si la société environnante ou les institutions au Nigéria considéraient les femmes nigérianes victimes de réseaux de prostitution comme ayant une identité propre constitutive d’un groupe social. Néanmoins, ces prostituées nigérianes obtiennent parfois le bénéfice de la protection subsidiaire dans la mesure où elles sont exposées, dans leur pays d’origine, à des menaces graves de la part des membres du réseau auquel elles se sont soustraites (CNDA, 3 avril 2012, Mlle O., n° 11020945 C, CNDA 13 mars 2012, Mme O. n° 11016563 C, CNDA, 3 avril 2012, Mlle O., n° 1102094).
Dans une décision du 24 mars 2015 (Mlle E. n° 10012810), la CNDA a, pour accorder le statut de réfugiée, pris en considération l'appartenance à un groupe social une nigériane victime d'un réseau d'êtres humains ayant subi lors d'une cérémonie rituelle diverses scarifications destinée à marquer son allégeance au chef d'un réseau de prostitution qui l'a conduite en Europe. Elle reconnait son appartenance au groupe social constitué des jeunes femmes victimes de la traite des êtres humains orginaires de l'Etat d'Edo qui ont tenté de s'extraire de leur condition.

Témoignage

Judith est de nationalité nigériane, d’ethnie Bini. Elle était domiciliée à Benin city dans l’Etat d’Edo où elle exerçait le métier de réceptionniste dans un hôtel de la ville. Elle a rencontré en 2011 l’homme qui fut son compagnon jusqu'à ce qu'elle quitte son pays. Lui était de l’ethnie Orhobo dont la tradition est d'exciser les femmes de force durant leur grossesse. Elle a eu une fille en 2012. Elle est tombée enceinte en 2013 d'un deuxième enfant et il a insisté pour qu'elle soit excisée ce qu'elle avait refusé jusqu'à présent. Elle n'avait elle-même pas été excisée lorsqu'elle était jeune, sa mère ayant toujours refusé l'excision pour sa fille.
 
En décembre 2013, son compagnon est venu à leur domicile avec des amis et ses deux frères, ainsi qu’une femme, une exciseuse, qu’elle ne connaissait pas. Ils lui ont attaché les bras et les jambes. Ils lui tenaient les bras et les jambes pour qu’elle ne bouge pas. Elle a  tenté de se débattre, mais en vain. La femme exciseuse est parvenue à l’exciser devant ses amis, son concubin et ses deux frères. Elle a très vite perdu beaucoup de sang de son vagin et elle a fait une fausse couche. Ils l’ont ensuite détachée. Elle souffrait. Une fois les amis, les frères et l’exciseuse partis, son concubin l’a battue très violemment avec une ceinture. Il lui a donné des gifles en l’insultant parce qu’elle ne l’avait pas respecté en se débattant devant ses amis et ses frères. Elle l'avait humilié. Il l’a menacée de mort. Il lui a dit qu’il exciserait aussi leur fille.

Le lendemain, il l’a enfermée dans la cuisine. Il a conduit leur fille à l’école et il est revenu vers 8 H 00 le matin. Il l’a de nouveau insultée, Il l’a battue avec une ceinture. Il lui a donné des coups de pieds dans le ventre et l’a menacée à nouveau de mort. ll l’a blessée grièvement avec un tesson de bouteille. Elle en porte les traces. Il est sorti de la maison. Elle a pris de l’argent et est allée prendre sa fille à l’école. Ensuite, elle est partie avec eux par bus chez sa mère dans un petit village de l‘Etat d’Edo. Elle avait peur pour elle et sa fille car elle ne voulait pas non plus qu’elle soit excisée à sonn tour. Elle n’était pas en sécurité chez sa mère et a donc décidé de fuir avec sa fille. Elle est partie le jour même pour Lagos craignant que son concubin puisse les retrouver. Puis ils ont quitté le Nigéria pour la France avec de faux passeports.

Elle a demandé asile à la France pour elle et sa fille de trois ans en janvier 2014.

Mise à jour le 01/09/2016
Commenter cet article
sur le forum
GUIDE DE L'ACCOMPAGNANT ASILE FORUM
flux rss
Abonnez-vous au flux RSS et suivez l'actualité d'Espoir d'asile
ASILE EN 10 QUESTIONS
AUTO-FORMATION