Service d’information, de documentation et de formation sur l’asile
 
A PROPOS D’ESPOIR D’ASILE DOSSIERS THÉMATIQUES Le parcours géographique du demandeur d'asile
ABC DU DROIT D'ASILE ASILE EN LIENS APPEL À TÉMOINS
ASILE EN LIVRES
Somalie
 
 
Données générales
 
 
Superficie : 638 000 km²
 
Capitale : Mogadiscio
 
Population : 10,2 millions
 
Espérance de vie : 51 ans
 
Taux d’alphabétisation : 38 %
 
Religions : Musulmans en majorité (99 % - Islam sunnite)
 
Langue officielle : somali (officiel), arabe (deuxième langue), anglais

Economie : agriculture (60.2%), industrie (7.4%), services (32.5%)
 
PIB : 917 Mds USD
 
PIB moyen par habitant : 600 USD

Chef de l’Etat : Hassan Sheikh Mohamoud

Premier Ministre : Omar Abdirashid Ali Shermark

Pourquoi demandent-ils sile ?
 
Les milices Al-Shabab souhaitent l’établissement d’un Etat islamique qui appliquerait la Charia dans l’ensemble de la Corne de l’Afrique. Dans le sud particulièrement, les exécutions publiques sont monnaie courante et n’épargnent même pas les enfants. Les punitions corporelles, telles que le fouet et l‘amputation, sont couramment appliquées. Les chrétiens et les soufis sont pourchassés car ils sont considérés comme des mécréants. Des chrétiens sont décapités. Les milices Al-Shabah ont eu pour centre névralgique le port de Kismayo, troisième ville de Somalie dont elles se sont emparées en 2008 et qui a été repris en septembre 2012 par les forces gouvernementales soutenus notamment par le Kenya et les occidentaux. Elles sont, dans cette région, très armées et détiennent un camp d’entraînement militaire djihadiste où sont enrôlés et endoctrinés de jeunes somaliens qu’elles entraînent au combat et à l’attentat suicide. Al-Shabah a fait officiellement allégeance à Al-Qaida ; c’est une organisation déclarée terroriste par les Etats Unis. Elle serait soutenue par des pays comme l’Erythrée et l’Iran. Avant la révolution arabe, elle était soutenue par la Lybie et par l’Egypte.
 
Si les Al-Shabah sont aujourd’hui en position défensive face aux opérations déclenchées dans le sud du pays, ils restent de très dangereux terroristes capables d’actes meurtriers à Mogadiscio, qu’ils ont désigné comme étant le principal lieu de la guerre sainte en Somalie, ainsi que dans les pays limitrophes comme le Kenya ou ils y ont commis un acte terroriste à Nairobi en septembre 2013 (attentat du Westgate).

En mars 2014, près de 12 000 personnes ont été déplacées en quelques jours suite à l’opération de sécurité en cours contre les shebab, dans le centre et le sud de la Somalie.

C’est principalement L’intensification des combats entre ces milices et les forces gouvernementales à Mogadiscio et dans l’arrière pays qui a poussé nombre de ressortissant somaliens à fuir leur pays. Les demandeurs font aussi prévaloir leur appartenance à des groupes minoritaires, notamment chrétiens et soufis, objets de persécutions de la part des milices islamistes (rackets, enrôlement forcé, etc.). 

Si les shebabs ont finalement été chassés de Mogadiscio, ils restent très actifs dans le sud du pays et continuent à exporter la violence au Kenya et à Djibouti.

SI, en 2014, la majorité des demandeurs déclare être originaires de Mogadiscio, particulièrement touchée par le conflit ces dernières anées, de plus en plus de demandeurs proviennent de petites villes de la région centre, dans l'arrière-pays de Mogadiscio. Bien que que les demandeurs somaliens continuent de se prévaloir de leur appartenance à un clan minoritare, il invoquent principalement des craintes à l'égard de milices islamistes (racket, enrôlement forcé, ...).

Situation de l'asile en 2015
  
La demande somalienne a explosé en 2015 (+ 78, 3 %). Pour la même année, le taux global d’admission (Ofpra + Cnda) s'est établi à 15,3 % (réexamens et mineurs acompagnants compris).
La demande somalienne présente les mêmes constantes que les années précédentes. Elle émane en majorité de personnes invoquant appartenir à un clan majoritaire, donc sans protection effective de la part des autorités ou d'un groupe exerçant une autorité capable de leur assurer une protection contre les exactions de miliciens issus de clans plus puissants ou contre le mouvement armé Al-Shabab. Le mouvement Al-Shabab, s'il ne contrôle pas toutes les agglomérations, reste fortement implanté dans les zones rurales et commet des attaques sporadiques dans les centres urbains du centre et du sud du pays. Les demandeurs d'asile Somaliens se présentent comme originaires de la capitale Mogadiscio ou de villes moyennes du centre et du sud de la Somaie. Les besoins de protection exprimés pour des motifs ethniques se combinent souvent avec le refus d'enrôlement forcé au sein du mouvement islamiste armé al-Shabab.
 
Jurisprudence

 
Il existe peu de décisions publiées à propos de demandeurs somaliens. Sauf persécutions par les milices islamistes en raison de leur appartenance à un clan ou une religion minoritaire, les autorités de l’asile leur dénient la qualité de réfugié. La situation de ces demandeurs peut, en revanche, justifier l’octroi de la protection subsidiaire La CNDA a considéré que, si un requérant originaire de Mogadiscio ne pouvait prétendre au statut de réfugié, il était victime d’une menace grave car enrôlé dans les milices Al-Shabab puis ayant déserté, sans qu’il puisse se prévaloir d’une quelconque protection ou de pouvoir s’établir dans une autre partie du territoire somalien ; il pouvait donc de voir accorder le protection subsidiaire (CNDA, 28 février 2012, M. M. M., n° 11001336 C+, Rec. 2012). Elle a aussi accordé la protection subsidiaire à un requérant somalien qui, compte tenu de la situation de violence généralisée et son intensité dans la région de Mogadiscio, était exposé à une menace grave, directe et individuelle contre sa vie ou sa personne sans pouvoir traverser une région contrôlée par les Al Shebab (CNDA, 11 avril 2012, M. M. J., n° 11028736 C., Rec. 2012).

En 2014, un requérant somalien de Mogadiscio a obtenu la protection subsidiaire car exposé à une menace grave, directe et individuelles contre sa vie ou sa personne en raison d'une violence généralisée résultant d'une situation de conflit armée interne sans pouvoir bénéficier d'une quelconque protection en cas de retour dans son pays d'origine. Son oncle avait rué son père qui refusait d'intégrer la milice Al-Shabaab et lui-même avait enlevé et séquestré dans un camp, puis transféré dans un autre camp où, infirmier de profession, il devait soigner des combattants islamistes avant de fuir et quitter son pays pour l'Europe (CNDA, 20 mars 2014, M.A.A. n° 13018009 C).

Aucune décision n'a été publiée en 2015.

Témoignage
 
Je m’appelle Mohamed A.. J’ai 31 ans. Je suis somalien et j’appartiens au sous-clan des Tumaal, ethnie minoritaire qui soutient majoritairement le gouvernement somalien. Je vivais dans la ville portuaire de Kismaayo au sud de la Somalie. Je suis forgeron. Ma femme et moi vivions dans la maison de mes parents à Kismaayo. Mon père était sympathisant du groupe Ahu SunnaWaljamaa qui soutient le gouvernement somalien et combat l’application rigoriste de la Charia que cherche à imposer partout les milices islamistes Al Shabab lequel contrôle une large partie du sud de la Somalie, dont la ville de Kismayoo. Le groupe Al Shabab s’en prend violemment aux Tumaal, lorsque, en particulier, ils soutiennent, de près ou de loin, le groupe Ahu Sunna Waljamaa. Même lorsqu’ils ne soutiennent pas le groupe Ahu Sunna Waljamaa, les Tumaal subissent des persécutions quotidiennes depuis la chute du régime de Siad Barre en 1991.
Bien qu’il n’ait pas de preuve, le groupe Al Shabab soupçonnait mon père d’appartenir au groupe Ah Sunna Waljamaa et venait le frapper régulièrement.. Il le menaçait de le tuer si, un jour, il avait la preuve qu’il fréquentait le groupe Ahu Sunna Waljamaa. Ma mère et moi l’avons plusieurs fois incité à quitter Kismayoo, mais mon père ne voulait pas quitter sa maison et sa famille. Nous savions qu’un jour cela finirait mal.
Le 24 juin 2013 en fin d’après midi, le quartier général des Shabab (Qandal), situé à 15 kms à l’est de Kismayoo, était bombardé par l’aviation occidentale. Après le bombardement, les Shabab instauraient le couvre feu.
Le 26 juin suivant vers 21 H 00, quatre hommes armés du groupe Al Shabab, que je connaissais et qui faisaient partie du clan Marexan, sont venus chez nous en accusant mon père de travailler pour les « mécréants » et qu’il était un espion à la solde du gouvernement. Ils l’emmenèrent dans un endroit inconnu.
Le lendemain, ma mère, ma sœur et moi sommes partis à sa recherche et nous nous sommes rendus sur la partie de la plage utilisée par les Al Shabab pour l’exécution de ceux qui soutiennent le gouvernement et le groupe Ahu Sunna Waljamaa. Là, nous avons trouvé le corps de mon père parmi une dizaine d’autres corps. Tous avaient été égorgés et portaient des traces évidentes de torture. J’en ai reconnu trois qui étaient des Tumaal habitant le même quartier que moi.
Les Shabab nous ont interdit d’emporter le corps de mon père au motif que c’était un Tumaal et un « mécréant » à la solde du gouvernement et qu’il n’avait donc pas droit à l’enterrement selon le rite musulman.
Le 10 juillet 2013, des Shabab sont venus dans la maison familiale. Ils ont pointé leurs fusils vers moi et m’on demandé de les suivre. Ils m’ont conduit au camp de Marines (situé à 3 kms de la maison familiale), puis m’ont accusé de soutenir le gouvernement et d’être à la solde des « mécréants ». L’interrogatoire a eu lieu dans son bureau situé au sein du tribunal dans le camp d’entraînement militaire. Celui qui m’a interrogé me donna le choix de participer à la guerre sainte menée par le groupe Al Shabab (dans ce cas, il redeviendrait un « vrai musulman ») ou d’être exécuté. Je savais parfaitement que toute personne menacée de mort par les Al Shabbab était exécutée. Je n’avais donc pas d’autre choix que d’accepter de travailler pour eux. Il m’expliqua alors quel serait son rôle, notamment que Mogadiscio serait un lieu de Djihad et que je devais suivre deux types de formation : l’une au combat, l’autre à l’attentat suicide.
Pendant 5 jours, j’ai participé avec d’autres recrues à un endoctrinement religieux de la part des Shabaab (mérite du Djihad et de devenir un martyr, etc.).
Au 5ème jour, plusieurs avions de chasse (occidentaux et kenyans) ont survolé le camp à basse altitude. Tout le monde a été pris de panique. Un premier avion a survolé le camp à des fins d’observation, puis deux autres avions ont bombardé le camp. Environ 30 personnes ont été tuées. Lors du passage du premier avion, j’ai, comme beaucoup d’autres, fui le camp pour éviter les bombardements. J’ai, avec une autre jeune recrue également Tumaal et du même quartier que moi, fui vers les habitations, puis nous avons rejoint Afmadow à pied, ville qui se situe à une soixantaine de kilomètres de Kismayoo. Nous avons ensuite quitté Afmadow dans un camion de transport jusqu’à Qoqani (trente kms environ de Afmadow). De là, nous nous sommes rendus dans un autre camion dans la ville frontalière de Dhoble (frontière avec le Keynia). Nous savons ensuite marché jusqu’à Liboye au Kenya. De là, ma femme m’a fait parvenir 300 dollars. Nous avons pris un bus jusqu’à Nairobi. De Nairobi, nous avons pris contact avec un passeur et ma femme m’a à nouveau envoyé une somme de 3.700 dollars je j’ai donné au passeur (les 4.000 dollars au total ont été prélevés par ma femme sur le prix de la maison dont elle avait hérité de son père et qu’elle venait de vendre).  De là, nous avons pris un vol direct pour Paris grâce à des faux passeports remis par le passeur.

Mise à jour 01/09/2016
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