Auteur Sujet: L'histoire de Julia, journaliste au Congo Kinshasa et réfugiée en France  (Lu 3884 fois)

EDA

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Nous l'appellerons Julia. Julia a toujours voulu être journaliste. Une vocation pour elle. A 18 ans, elle entame ses études de journaliste, puis elle obtient une licence de journalisme. Ce qui intéresse Julia c'est l'information bien sûr et surtout la télé. Elle a dès le début été très à cheval sur la déontologie du journaliste et les questions de démocratie. Elle a travaillé successivement pour plusieurs chaînes.

En 2010, Julia reçoit trois personnalités politiques sur son plateau dont deux opposants au gouvernement. Au cours de l'émission, l'un d'eux peu connu met en cause le pouvoir, l'accuse du meurtre récent d'un militant des droits de l'homme et précise qu'il a des preuves.

Le lendemain, Julia se rend au travail ne se doutant pas le moins du monde de ce qu'il allait arriver. La journée commence par une conférence de rédaction. Tout est normal. Mais le jour suivant, la police (IPK) débarque. Ils rouent d'abord de coups de Julia pour avoir invité des opposants. Les coups pleuvent, ils lui tirent les cheveux tellement fort qu'ils ne repoussent plus depuis sur plusieurs centimètres au dessus de son front. Julia est ensuite conduite dans une jeep jusqu'à l'inspection provinciale de Kinshasa. Sur place, les policiers demandent à Julia les coordonnées de l'invité recherché. Elle refuse tout net car, en tant que journaliste, elle a à cÅ“ur de protéger ses sources. Elle est interrogée et reçoit des coups de poings violents sur tout le corps, puis est envoyée au cachot. Elle est violée à plusieurs reprises par plusieurs hommes. Elle est depuis porteuse de l'hépatite C à un stade avancé. Elle demande de voir un médecin mais c'est en vain. La douleur physique et morale est insupportable. Elle s'affaiblit, saigne abondamment. Après, elle est transférée à Makala, la prison de Kinshasa. Elle est accusée par le procureur de porter atteinte à la dignité du gouvernement. Le procureur ajoute qu'elle allait « moisir en prison ». L'état de santé de Julia devient très inquiétant. Ses douleurs et ses saignements sont de plus en plus insupportables. Elle est transférée à l'hôpital et tombe dans le coma. Puis, par chance, elle y rencontre une infirmière qui connait son oncle qui organise discrètement son évasion. Fin 2010, elle s'enfuit de l'hôpital avec l'aide de son oncle qui soudoie les gardiens et du personnel médical pour traverser en pirogue le fleuve Congo et rejoindre Brazzaville. Craignant pour sa vie, elle est cachée quelques jours par un ami dans un village, puis emprunte un passeport pour embarquer dans un avion à destination de Paris CDG. Elle y est aidée par un passeur que connait cet ami.

Arrivée à Roissy Charles de Gaulle, elle est perdue bien que parlant le français. Elle croise un Gabonais qui habite en province. Il l'emmène avec elle, la conduit à la préfecture et lui donne 10 euros, puis s'en va. Pendant deux jours, elle dort à la gare, puis fait une demande d'admission au séjour afin de pouvoir faire sa demande d'asile. Elle est aidée dans ses démarches par une association pour laquelle elle travaillera ensuite bénévolement. Elle y travaille d'ailleurs toujours avant de trouver un emploi.

Dans un premier temps, l'OFPRA rejette sa demande que le récit de sa garde à vue, sa détention, puis son évasion n'était pas circonstancié et était peu personnalisé. L'Office conclut que la réalité des faits et le bien fondé de ses craintes n'étaient pas établis. Pendant l'entretien, l'Officier de protection n'a pourtant pas laissé le temps à Julia de préciser certains points importants estimant que cela n'était pas nécessaire.

Julia forme ensuite un recours devant la CNDA. Elle y est entendue longuement assistée d'un avocat. Lors de l'audience, elle donne aux juges tous les détails de nature à rendre son récit parfaitement crédible et vraisemblable, mais son recours est rejeté par la CNDA au motif que ses déclarations étaient confuses et peu convaincantes.

Julia est ensuite aidée à effectuer des démarches auprès de la préfecture afin d'obtenir une carte de séjour temporaire pour raisons humanitaires. La préfecture vient finalement de la lui accorder.

Julia quittera le CADA en avril prochain. Elle doit maintenant trouver un logement et un emploi.

C'est une nouvelle vie qui commence pour elle.

Nous lui souhaitons bonne chance.

PS : Tout élément susceptible d'identifier Julia a été supprimé ou modifié.
« Modifié: avril 30, 2014, 07:41:57 pm par EDA »

jacotte

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Que dire en lisant cette histoire? je suis partagée entre la colère et l'incrédulité! Comment se fait-il que cette jeune femme ait été déboutée de sa demande avec une tel vécu??c'est une HONTE qu'elle n'ait pas obtenu son statut ou au moins la protection subsidiaire. honteux également le recours à des formulations toutes faites employées par l'opfra et la cnda.

Selon l'ofpra, la réalité des faits et des craintes n'étaient pas établie..c'est se moquer du monde!! d'autant plus qu'ils ne l'ont pas laisser parler comme elle le souhaitait. Que voulaient-ils qu'elle rapporte de plus?? si l'ofpra avait instruit le dossier comme il se doit, il aurait pu retrouver la vidéo de l'émission et constater ainsi la réalité des allégations.. ! d'autant plus que l'ofpra sait très bien que de nombreux ressortissants du Congo Kinshasa ont subies des persécutions quasiment similaires en raisons de leurs opinions politiques. Nombre d'entre eux ont d'ailleurs obtenu le statut de réfugiés...

 Je vois mal une femme se tirer les cheveux aussi fort toute seule pour faire croire qu'elle a été maltraitée..et je vois mal un proche réaliser sur elle un acte aussi violent pour construire un scénario frauduleux..

quant aux violences sexuelles subies, qu"attendait l'ofpra? qu'elle en rapporte la preuve? mais comment prouver cela quand on sait qu'en France les examens  pratiqués par les médecins légistes permettent difficilement de rapporter la preuve d'abus sexuels...? encore aurait-il fallut que les viols ne soient pas réalisés par des bourreaux détenteurs de l'autorité publique, qu'elle n'ait  pas été emprisonnée afin de pouvoir porter plainte, et qu'elle ait pu être examinée rapidement par des médecins. rien de tout cela n'a été fait, au détriment de cette jeune femme. on ne peut quand même pas lui reprocher de ne pas parvenir à en rapporter la preuve,  alors que ce qu'elle a subie peut être qualifié de traitements inhumains et dégradants, de par les viols, mais également par l'impossibilité pour elle d'être examinée par un médecin ensuite...l'ofpra a t-il tenu compte de ses souffrances psychologiques? de plus, elle est depuis atteinte d'une hépatite C et a été dans le coma..ce n'est pas rien! il peut y avoir une présomption  que ces soucis de santé découlent directement des violences subies...

La CNDA a t-elle fait preuve  un instant d'empathie? ce n'est pas évident pour une femme de relater ce genre d'évènements. on peut comprendre que ce soit difficile. La honte pèse sur les épaules, la peur du regard des autres, l'intimidation ressentie par cette audience qui va fixer votre destin..encore plus quand on vous donne l'impression d'être suspecte, de mentir...

bref, tout cela pour dire que je suis outrée! jusqu'à quel point doit-on plonger dans l'horreur et le sordide pour être considéré comme crédible?

Il existe bien un principe constitutionnel de présomption d'innocence, pourquoi de pas consacrer un principe de présomption de bonne foi des demandeurs d'asile? si je ne me trompe, le principe de présomption d'innocence à pour but de protéger la vie d'une personne mise en cause dans une affaire pénale afin d' éviter que sa vie ne soit bousillée si elle est innocente. Car tant  que sa culpabilité n'est pas établie, le doute est permis. Alors pourquoi ne pas, au bénéfice du doute, reconnaitre un demandeur d'asile de bonne foi? (Je sais qu'ils sont censés être présumés de bonne foi, mais le consacrer fermement ne serait pas un mal car visiblement, l'ofpra et la cnda ont du mal avec celà...) car après tout,  ce dont il est question ici et ce qui mérite d'être protégée, c'est sa vie, et sans nul doute à plus fort degrés que dans les affaires judiciaires...!

Quoiqu'il en soit, j'envoie mes meilleures pensées à Julia. Qu'elle se reconstruise et profite de cette nouvelle vie qui commence.

EDA

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Nous avons fait part de votre message à Julia qui vous remercie chaleureusement.
EDA